ÇA FAIT DES ANNÉES QUE LES FLEURS ONT FANÉ
ÇA FAIT DES ANNÉES QUE LES FLEURS ONT FANÉ
Mon projet « ça fait des années que les fleurs ont fané » est également mon diplôme DNSAP de 3ème année des Beaux-Arts de Paris. Ce projet prend racine dans les traumatismes trans-générationnels, les mémoires silencieuses, les blessures qui se transmettent sans mots, par les gestes, les silences, les corps.
Après la lecture des Damnés de la Terre de Fanon, un séisme intérieur s'est produit : une faille s'est ouverte, pleine de questions sur l'héritage, l'histoire des miens, ma place entre des mondes qui m'appartiennent et m'échappent. J'ai compris que le racisme mutait, qu'il se transformait, se dissimulait, mais persistait. L'héritage des peuples déplacés est un héritage en perpétuel mouvement, déraciné, diffus, morcelé, comme des fantômes qui nous hantent.
Je suis à la recherche des fantômes : esprits, ectoplasmes, présences invisibles. Je travaille avec les blessures non-dites, les absences. La spiritualité traverse mes œuvres : elle lie les mondes et les cycles. Deviennent des formes essentielles le questionnement et la déchirure, comme une sorte de rituel tournant autour de cette idée de cycle : non pas comme un enfermement, mais comme une renaissance.
Enfant, je regardais les montagnes de grenades éclatées au sol dans le jardin de ma grand-mère et, en grandissant, j'ai compris qu'elles étaient devenues des symboles pour moi : dures, robustes mais pleines de pierres précieuses prêtes à éclater.
À la différence des fantômes silencieux, longtemps laissées au fond du puits comme un gouffre, mes grenades mutent. Elles resurgissent pour envahir, elles prolifèrent, et reprennent leur pouvoir. Elles représentent des pensées libérées, des tabous brisés, des mémoires qui refusent l'oubli.
Je joue avec les contradictions : douceur et violence, beauté et dureté, bombardement et renaissance. Mes installations, mes images, mes objets racontent des histoires fracturées et reconstruites. J'y explore les bugs du système, les mutations identitaires, la réparation, la reconstruction. Je cherche à créer des espaces saturés d'ectoplasmes, où les douleurs ont droit à la transformation, l'invisible retrouve une forme et les fantômes leur place.
Tassiana Aït-tahar — 2025
